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Rassemblement à Toulouse pour soutenir une jeune Berlinoise

20 avril 2012
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L'association Arc-En-Ciel Toulouse appelle à un rassemblement de soutien à Alex* le mercredi 25 avril, à 17 heures, esplanade François Mitterrand (entre la place Wilson et les boulevards, métro Jean Jaurès). Il y aura une prise de parole vers 17h30.

Voici l'appel de l'association :

"Alex ne doit pas être internée

Alex* est une jeune fille trans de 11 ans menacée d'être internée à Berlin suivant l'avis d'une assistante sociale alors que ses parents, séparés, s'opposent sur la conduite à tenir au regard de sa transidentité. Le but avoué de cet internement est rien moins que de "lui faire apprécier son rôle de genre biologique et (l'amener) à réprimer son comportement de genre atypique".

Deux rassemblements en faveur d'Alex ont eu lieu à Berlin. La possibilité d'un rassemblement à Paris a été évoquée.

En novembre dernier, Arc-En-Ciel a rassemblé plusieurs centaines de personnes face à une organisation qui proposait un séminaire destiné à guérir de (son) homosexualité. Nous avons alors clamé dans la rue : Non, l'homosexualité n'est pas une maladie.

La transidentité n'est pas non plus une maladie, Alex n'a rien à faire dans un lieu de soin, encore moins dans un lieu d'internement."

* Afin de protéger sa vie privée, nous n'utilisons pas son véritable prénom

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Rassemblement pour Alex

26 mars 2012
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A 15 heures aujourd'hui, environ 250 personnes se sont réunies devant le Ministère berlinois de l'éducation, la jeunesse et les sciences pour protester contre la décision de la Cour d'appel d'autoriser l'internement forcé d'Alex, une jeune fille trans' de 11 ans. 

 

"Thérapie pour le bien de l'enfant = Enfermé_e au détriment de l'enfant"

 

"Mon corps, mon choix"

Marion Boeker, consultante en droits humains et questions de genre, Leo Wild, de l'association TrIQ ainsi que deux membres de "Aktionsbündnis Alex" sont montés dans les bureaux du Ministère. Ils  ont réussi à être reçus par la secrétaire d'Etat, Sigrid Klebba, c'est-à-dire la première adjointe de la Ministre berlinoise de l'éducation, la jeunesse et les sciences,  Sandra Scheeres, du parti socialiste SPD. Leur but était de convaincre Mme Klebba d'intervenir auprès des services de l'assistance sociale.

 

De gauche à droite : Sandra, Marion Boeker et Leo Wild

    

Pendant ce temps, des discours étaient prononcés par différentes associations : TriQ, LesMigras, la campagne STP-2012, AK Psychatriekritik...

 

 

D'autres résumaient leur propos en une phrase. 

 

"On croit en toi, Alex"

 

"Stop à l'imposition de normes et à la psychiatrisation"

 

"Autodétermination pour tou_te_s"

 

"Différent_e # Malade"

 

"Droit à l'autodétermination"

 

"Je sais comment je veux vivre... même sans diagnostic"

 

"Internons les services sociaux"

 

Ce fut  également l'occasion de revoir de vieux potes... et de faire de nouvelles rencontres.  Kira par exemple, qui a fait le voyage exprès depuis Hambourg. 

Kira, venue spécialement de Hambourg pour soutenir la jeune fille : "Laissez vivre Alex"

Kira m'a beaucoup touché. "J'ai suivi l'affaire depuis le début, m'a-t-elle expliqué. Lorsque j'ai appris qu'il y avait un rassemblement de solidarité pour Alex à Berlin, je n'ai pas hésité. J'ai demandé à un copain de me prêter 50 euros et je suis venue en co-voiturage !" Kira touche l'équivalent allemand du RSA.

J'ai également lu un message de solidarité d'une maman lesbienne française qui m'avait envoyé un mail grâce à ce blog de Yagg. A ce propos, la maman d'Alex a dit être émue aux larmes de voir que des gens en France avaient pris le temps d'écrire et d'apporter leur soutien à sa fille !

Ensuite, Marion Boeker, Leo Wild et les deux membres de "Aktionsbündnis Alex" sont sortis du Ministère. Leo a pris le micro pour résumer leur entretien avec Sigrid Klebba.

 

La secrétaire d'Etat se serait montrée coopérative. Sa collaboratrice et elle ont écouté leur requête avec attention. Le problème, c'est que le Ministère régional de l'éducation, la jeunesse et les sciences a beau avoir la compétence de donner des directives aux services de l'assistance sociale, il n'a aucun pouvoir de contrôle.

Les quatre représentants du rassemblement ont fait remarquer à Mme Klebba que la décision de l'assistante sociale de faire interner Alex ne collait pas du tout avec l'Initiative "Berlin tritt ein für Selbstbestimmung und Akzeptanz sexueller Vielfalt" ("Berlin plaide pour l'autodétermination et l'acceptation de la diversité sexuelle") mise en place en 2009 par la chambre des députés. 

Ils lui ont également rappelé qu'il existe à Berlin certaines normes au sein des services sociaux consistant à entendre les différents avis en présence : l'assistante sociale certes, mais aussi le_la médecin de famille, l'instituteur_trice de l'enfant, etc. Or en l'occurrence, seul l'avis de l'assistante sociale a été pris en compte. Sigrid Klebba a reconnu s'en étonner et a promis de se pencher sur l'affaire. 

"Je ne sors pas de l'entretien rempli d'enthousiasme, a conclu Leo Wild, mais j'ai bon espoir."

Affaire à suivre.

 

(Photos : Corinne Douarre)

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Up-date3 : La fillette trans’ va être internée!

24 mars 2012
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Moi, c'est à 33 ans que j'ai compris que j'étais trans'. Parfois je vois les choses du bon côté. Je me dis que grâce à ça j'ai expérimenté une manière de vivre, en l'occurrence la socialisation féminine, me permettant de comprendre les femmes en profondeur. Parfois je trouve même ça drôle de penser que je suis né à l'âge où le Christ est mort. Et puis des fois je ne peux pas m'empêcher de regretter tout ce temps perdu. Je me demande comment ma vie aurait été si j'avais eu la possibilité d'être un garcon plus tôt.

Par conséquent, j'admire les personnes assez conscientes d'elles-mêmes à l'adolescence pour comprendre qui elles sont, et comment elles veulent vivre, et avoir assez de force pour entamer une transition. Je suis émerveillé par ces jeunes gens de onze ans, comme Alex, qui sentent, et ont réussi à exprimer, et ont la chance d'avoir des gens autour d'eux prêts à les soutenir. J'ai alors envie de puiser à pleines mains dans mon coeur comme dans un sac de confettis pour le lancer tout en l'air.  

Mais la Cour d'appel de Berlin a rendu son jugement :

ALEX DOIT ETRE INTERNÉE DE FORCE DANS UN SERVICE PSYCHIATRIQUE

 

Vous pouvez lire un article en allemand paru dans le quotidien Taz.

Voici ma traduction rapide :

'ALEX' DOIT ETRE INTERNÉE

La jeune transsexuelle Alex se définit et vit comme une fille. Mais la Cour d'appel a décidé que c’est sa mère qui avait induit sa transsexualité. La fillette est sur le point d’etre internée dans un service psychiatrique.

(Par Heide Oestreich)

 

Alex (C) Privé

BERLIN taz |

La jeune transsexuelle Alex Kaminski* peut être confiée en toute légalité à une institution psychiatrique. C’est ce qu’a tranché la Cour d'appel de Berlin ce jeudi. La mère de la fillette de onze ans, qui avait interjeté appel contre la décision de l'assistance sociale, s’est donc vue déboutée. Son avocat a annoncé qu’il allait saisir la Cour constitutionnelle.

Cette enfant qui s'est toujours sentie fille et qui vit aussi en tant que telle, peut à présent être internée de force à l’hôpital de la Charité à Berlin. Les services de l'assistance sociale ont pu prendre cette décision car les parents de la fillette, qui sont séparés, avaient une divergence d’opinion en ce qui concerne la manière dont leur enfant devait être suivie médicalement, et avaient cédé la responsabilité médicale à l'assistance sociale. Là-bas, une asssistante a décidé qu'Alex devait suivre une thérapie dans un service stationnaire de la Charité, puis être confiée à une famille d'accueil.

L'assistance sociale est en effet convaincue que la mère a induit la transsexualité de son enfant, et qu'Alex doit donc être éloignée de sa sphère d'influence. Le médecin en chef, Klaus Beier, explique que la thérapie qu'Alex recevra consiste à lui faire apprécier son rôle de genre biologique et à réprimer son comportement de genre atypique. Hertha Richter-Appelt, sexologue de Hamburg, qualifie ce point de vue de "dépassé". Selon elle, un internement forcée n'est pas raisonnable. Au cas où la mère aurait vraiment 'induit' la transsexualité d'Alex, une thérapie ambulante pourrait permettre de s'en rendre compte.

Aucune expertise nécessaire

La mère et sa fille ont demandé à subir une expertise psychiatrique. Mais la Cour d'appel de Berlin a rejeté leur requête. Aucune expertise n'a été nécessaire, a expliqué l'avocat de la famille en citant les termes du verdict. Toujours selon le verdict, les conclusions de l'assistante sociale étaient compréhensibles, et cette dernière était donc habilitée à requérir la thérapie en service fermé.

De plus, la Cour d'appel reproche à la mère d'avoir voulu présenter sa fille à la clinique universitaire de Hambourg et de Francfort  - les seuls spécialistes de la transsexualité chez les enfants et les adolescent_e_s en Allemagne.

L'avocat de la famille Kaminsky qualifie ce verdict de 'consternant': "L'idée selon laquelle la transsexualité peut être induite au fil des années sans aucune résistance n'est alléguée par aucune publication scientifique. C'est une invention de cette assistante sociale." De plus, celle-ci ne s'est entretenue avec la fillette qu'une seule fois pendant une heure - en ignorant son point de vue.

La famille et l’avocat veulent porter l’affaire devant la Cour constitutionnelle. Selon l'avocat, lorsqu’il s’agit du droit de garde, les juges suprêmes de Karlsruhe peuvent statuer très rapidement, et en général ils prennent le droit de l’enfant très au sérieux.

Pétition internationale

Le mouvement de solidarité qui s'est constitué autour d'Alex provient également de militant_e_s pour les droits humains. Lundi, à 15h, l''Aktionsbündnis Alex' („Alliance directe“ pour Alex) organise un rassemblement devant le Ministère berlinois pour l'éducation, la jeunesse et les sciences. Le mot d’ordre est : "Stop à l'internement psychiatrique forcé d’Alex !“. "Ce n’est pas un cas isolé, précise l'appel, la contrainte et les pressions psychologiques exercées par les institutions comme l'assistance sociale et la Charité représentent une violence structurelle ! Chaque genre et chaque identité de genre sont un droit, pas une maladie !“

Une pétition en-ligne a également été initiée par la militante britannique trans’ Katrina Swales sur change.org. Cette pétition est adressée au maire de Berlin, Klaus Wowereit, et affirme : "Cette jeune fille est en train d'apprendre que ses sentiments sont erronés, et elle sera conduite au même déni qui a coûté la vie à tant de personnes transgenres". Plus de 9 000 personnes ont déjà signé la pétition.

Et Alex dans tout ça ? Elle a demandé à être accompagnée par un_e thérapeute pour l'aider à affronter cette épreuve. Mais les services de l'assistance sociale ont refusé.

 

* Nom changé par la rédaction

 

 

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Faut-il autoriser les pères porteurs ?

19 mars 2012
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Je suis en train d’écrire un roman qui traite de la grossesse d’un homme trans’. 

Il faut bien se dire que la famille traditionnelle ne suffit plus : couple hétéro et monogame, les deux enfants, la voiture et le chien - le chien c’est en option, pour s’excuser de ne pas être végétarien. 

Dans le cadre de mes recherches, je me suis rendu le 9 mars au colloque Droit des familles, genre et sexualité, organisé par le Centre de droit privé de l’Université Libre de Bruxelles, colloque auquel participait entre autres Daniel Borrillo, maître de conférence, et Caroline Mécary, avocate au barreau de Paris.  

La journée sous la direction de Nicole Gallus fut très enrichissante. La quinzaine d’interventions faisaient non seulement intervenir le droit mais aussi la sociologie, la psychologie et la philosophie.

Tout a commencé très fort avec Daniel Borrillo qui a développé une théorie du droit des personnes et de la famille émancipée du genre. Analysant l’utilisation juridique de la catégorie « sexe », le juriste a rappelé qu'elle n'avait pas une fonction protectrice mais servait surtout à discriminer les femmes.

Laurence Brunet, juriste et chercheuse au CNRS, ainsi que Corinne Fortier, anthropologue et chercheuse au CNRS, ont présenté les procédures de changement de prénom et de l'état civil pour les personnes trans' en France.

Ce faisant, Fortier a souligné l’amalgame qui s’opère entre « avoir un sexe » et « être ce sexe ».

En réalité, « être un homme avec un vagin »  n’est acceptable juridiquement qu'en raison des difficultés actuelles liées à la phalloplastie ou à la métoïdioplastie, et non parce que le législateur a compris la différence entre « avoir » et « être un sexe ». Sinon, pourquoi ne pas autoriser légalement les femmes trans' à être des femmes avec un pénis ?

Selon l'anthropologue, le concept d’irréversibilité (exiger le caractère irréversible de la réassignation de genre en imposant la stérilisation) est problématique d'un point de vue juridique. Il va en effet à l’encontre de l'article 9 de la Convention Européenne des Droits de l'homme qui inclut le droit de changer de convictions. 

Caroline Mécary a présenté la jurisprudence de la Cour Européenne des Droits de l’Homme sur les questions d’homoparentalité. Le 9 mars, jour du colloque, le jugement de la CEDH concernant la condamnation de la France dans l'affaire de Madame G., n'était pas encore rendu. Le 15 mars, le verdict est tombé :  requête rejetée.

 

PROCRÉATION MEDICALEMENT ASSISTÉE

Le colloque bruxellois était également consacré aux différentes techniques de PMA : insémination artificielle, fécondation in vitro, transfert d'embryons, différents dons - de sperme, d'ovule, ou encore GPA (gestation pour autrui, en gros « les mères porteuses »)...

Cathy Herbrand, chargée de recherche au Fonds de la Recherche scientifique, et auteure d'une thèse de doctorat sur l'analyse de la parenté sociale et de la pluriparentalité homosexuelle, a présenté la loi sur la PMA en Belgique.

Il est notable qu'en la matière, le droit belge est beaucoup plus libéral que le droit français.

En France, la PMA n’est pas un moyen de répondre au désir d’enfant, mais une réponse à l’infertilité du couple hétérosexuel. C’est pour cette raison que les couples lesbiens ou les femmes célibataires n’y ont pas accès.

Le don d’ovocyte est certes autorisé en Belgique et en France, mais la gestation pour autrui est frappée de nullité si elle est conclue sur le territoire français.

Lire l'aperçu des legislations concernant la PMA et l’homoparentalité en France et en Europe.

En réalité, il existe déjà d’autres formes d’alliances, de parentés, de filiations et de solidarités alternatives, en dehors de la norme, et non reconnues.

LE CORPS EN GESTATION

Ce qui est intéressant, c’est qu’en ce qui concerne la procréation, on s’attarde presque uniquement sur le corps des femmes (cisgenres*).

De la pilule à l’avortement en passant par la grossesse, la gestation pour autrui, l’allaitement - encore et toujours le corps féminin.

Pourquoi la recherche sur la pilule contraceptive masculine n’a-t-elle fait aucune avancée significative en l’espace de dix ans ? Et pourquoi personne ne parle de l'allaitement masculin ? Ou des « pères porteurs » ?

Car les hommes pourraient très bien allaiter. Ils possèdent des glandes mammaires, même si moins nombreuses que chez d’autres mammifères, et un simple traitement de prolactine permettrait d’activer la production de lait.

Quant à la grossesse, voici la thèse exposée par le professeur Robert Winston, de la clinique universitaire de Hammersmith à Londres, dans son ouvrage The IVF Revolution paru en 1998.

 

Selon Winston, le foetus n’a pas besoin d’un utérus pour se développer. C’est le placenta, et lui seul, qui crée les conditions nécessaires à toute gestation.

En suivant le cas de grossesses extra-utérines où le bébé avait élu domicile dans l’abdomen et se nourrissait accroché aux intestins, l’obstétricien britannique a conclu que le principe valait également pour les hommes (cisgenres*), et j'en conclu qu'il serait donc aussi valabe pour les femmes trans'. Tout corps pourrait porter un enfant. Il suffit d’introduire le placenta dans l'abdomen en l'accrochant à un organe au choix. 

J’ai posé la question à Petra de Sutter, gynécologue et directrice du Centre de médecine reproductive de l’hôpital universitaire de Gand, ainsi qu’à Heribert Kentenich du Fertility Center de Berlin. Ce dernier a expliqué que Robert Edwards, inventeur du bébé éprouvette en 1978 et Prix Nobel de médecine 2010, avait déjà décrit le phénomène à l'époque.

Cependant, tant le médecin allemand que la gynécologue belge sont d'avis que même si ce type de grossesse est effectivement possible, elle ne se réalise pas, car trop dangereuse : elle pourrait provoquer une hémorragie, voire le décès de la personne enceinte.

Pourtant, si on considère les risques liées à la péridurale, à l’anesthésie générale, ou au tabagisme, on se demande depuis quand les dangers potentiels sont-ils rédhibitoires.

Cette frilosité à associer certains corps dans la gestation (ou l’absence de gestation, comme pour la pilule) n’est-elle pas due au fait que cela remettrait trop en cause la répartition des rôles de genre ?

On pourrait me rétorquer que ce ne serait pas naturel d’implanter un placenta dans l’abdomen, car la nature ne l’a pas prévu. Mais on transplante bien des coeurs, on y met des piles pour délivrer des impulsions électriques quand ils sont trop lents, on greffe des reins, on sélectionne des spermatozoïdes pour féconder un ovule dans une éprouvette puis on réimplante le tout dans le corps d’une femme, on fait des bébés-médicaments, certains pays autorisent même l'enfantement post-mortem, c’est-à-dire le transfert d'un embryon APRÈS le décès du père, faisant de l’enfant un orphelin d’office. En 2011 la France a suivi le mouvement. 

Parallèlement, on ne trouve pas ça naturel que deux hommes ou deux femmes qui s’aiment élèvent un enfant conjointement, ou qu’une personne qui a un utérus porte un bébé. Bizarre.

Thomas Beatie

 

EXPÉRIENCE TRANSGENRE DE LA PARENTÉ

Jusqu’à présent, la perte du droit à la parentalité semblait être le prix à payer pour la transidentité. Comme si la personne trans’ ne pouvaient plus s’occuper que d’elle-même, et qu’entreprendre une transition était un acte forcément centré sur soi et désocialisant, la volonté d’une personne seule contre la terre entière.

Pourtant comme le rappelle Laurence Hérault**,  la transidentité peut au contraire être « une revendication et une expérience éminemment « reliantes » permettant à des personnes de (re)trouver une place vivable parmi les autres et de (re)nouer des liens capables de les faire exister pleinement. »

En ce sens, le corps n’est pas seulement une chose qui « individue », il est aussi ce qui nous relie aux autres. La démarche de Beatie n’est pas égoiste ou individuelle. Elle le replace dans l’existence. « Il s’agit moins de faire de la grossesse et de la mise au monde une expérience virile que d’affirmer la singularité des parcours et des corps transsexués, une singularité qui n’est plus vécue et comprise comme une déficience mais, au contraire, comme offrant des possibilités autres. »  

Le problème c’est qu’on attend des corps « qu’ils participent à la reproduction des êtres, non pas selon leurs capacités propres, mais selon les capacités des corps qui leur servent de modèles. Ceci est particulièrement visible dans le cas des FtM. Nombre d’entre eux, en effet, ne sont en rien stériles et pourraient tout à fait s’engager dans la procréation. (...) Mais cet usage de leurs organes génésiques d’origine est perçu comme une transgression majeure de leur genre d’élection. (...)  Cette conception de la compatibilité entre genre assumé et rôle procréateur n’est pas seulement visible dans la controverse autour de Thomas Beatie, elle l’est aussi dans les exigences qui s’appliquent explicitement ou implicitement aux personnes trans-identifiées dans l’univers médical et juridique. Dans la plupart des pays, l’obtention d’un changement légal d’identité sexuée est subordonnée à la réalisation d’opérations qui stérilisent les corps. »  (Hérault, op.cit.)

Or je me demande en quoi ne plus pouvoir se reproduire rend quelqu’un davantage homme ou femme. Castrer quelqu’un, ça le rend uniquement stérile.

Pour la plupart des gens, la stérilisation n’a pas pour but de nous empêcher de devenir parents : c’est la conséquence naturelle de notre transidentité. Une femme ne peut pas avoir de pénis ni de sperme, un homme ne peut pas porter un foetus, un point c’est tout. 

En réalité, l’expérience transgenre de la parentalité pourrait/peut prendre différentes formes :

-       Les hommes trans’ peuvent porter un enfant dans leur utérus

-       Les femmes trans’ peuvent porter un enfant dans leur abdomen

-      Les hommes trans’ peuvent faire un don d’ovule à leur partenaire

-      Les femmes trans’ peuvent féconder une partenaire

-      Ou congeler leur sperme et l’utiliser ensuite à leur guise. (Petra de Sutter propose d’ailleurs systématiquement à ses patientes trans' de cryoconserser leurs gamètes en prévision d’un désir éventuel d’enfanter après opération.)

 

A la fin du colloque bruxellois, il y a eut le temps de quelques échanges.

A la question de Laurence Brunet sur la raison pour laquelle la Belgique était si en avance en ce qui concerne le droit des familles et la procréation, un confrère belge lui a répondu :

« Ce qui nous intéresse, nous, en Belgique, c’est d’essayer de comprendre pourquoi la France est si en retard. »

 

Les actes du colloque sont publiés par les éditions juridiques ANTHEMIS.

 

 

* Les femmes ou les hommes cisgenres sont des personnes non trans', c'est-à-dire qui choisissent de vivre dans leur genre de naissance.

 

** Laurence Hérault, « Le mari enceint : construction familiale et disposition corporelle », publié dans  Critique, CNL, 764-765, janvier-février 2011

 

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Lecture à Paris pour le Printemps des poètes

16 mars 2012
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J'avoue que je trouve ca ironique d'etre invité à une lecture dans la salle des mariages de la mairie du 2e arrondissement, alors que selon la législation en vigueur je n'ai pas le droit de me marier, ni la majeure partie de mes ami_e_s.

Le 7 mars, j'ai en effet eu le plaisir d'etre invité par  Olivier Apert dans le cadre du Printemps des poètes avec les auteurs Pierre Drogi et Daniel Pozner. 

En fait, j'étais impressionné et touché : dans le public, en face de moi, se trouvait une douzaine de personnes représentatives de plein d'étapes de ma vie. D'un ami d'enfance à une personne rencontrée la veille en passant par une pote de fac, ma toute première copine à 22 ans, un copain de Berlin et  d'autres de militance LGBT... Et puis toutes ces dorures et ces tableaux de maitre dans la salle des mariages...  Le problème, c'est que tout comme avec les églises, j'ai beau ne pas etre croyant je me sens quand meme tout petit dans ce genre d'endroit, le poids des institutions et tout ça. J'ai pensé à ce que m'avait raconté une amie quelques jours auparavant : pendant l'enterrement de sa grand-mère adorée, elle avait réussi à lui rendre hommage devant toutes les personnes présentes à la messe en désacralisant l'endroit : elle s'était imaginé que la statue du Christ crucifié derrière elle avait sous son pagne un tout petit zizi violet.

En ce qui me concerne, la désacralisation a eu lieu quand j'ai voulu m'appuyer sur l'imposante rambarde en chene massif qui sert à séparer la plèbe des officiers municipaux. Je me suis apercu qu'elle était complètement branlante et menaçait de s'effondrer à tout instant, n'eussent été les équerres en aluminium vissée à ses pieds. Du faste en apparence, un Etat en décrépitude en réalité.  

La soirée était dédiée au poète  Bernard Vargaftig, décédé en février. 

J'ai lu en avant-première un texte dédié à ma mère.

Le voici.

***

 

La Lumière  n’est ni juste, ni injuste

  

Avant, j’installais des choses qui maquillent, contre mon visage et ma gorge, à la nuance de ma peau.

Avant, je frayais une ligne à la naissance de mes cils, avec un vrai pinceau à khôl, une courbe qui se relevait en biseau. Je saupoudrais de rose le pommeau de mes joues, ainsi que les angles, un soupçon de paupière sous les paillettes, du mascara en gouttes, un bâtonnet rouge qui me faisait du bouche-à-bouche lèvre après lèvre.

Avant, il arrivait que des inconnus et leur regard se reculent, puis viennent me demander :

« Euh pardon on peut t’poser une question ? Nan c’est parce qu’avec mes potes et moi-même on a parié une bière, alors t’es une gonzesse ou t’es un travelo ? »

Et moi je répondais :

« Oui. »

Aujourd’hui, je m’appuie des deux mains contre le rebord du lavabo, pas loin du chat qui scrute avec impatience le robinet, guettant la lourde rondeur d’une goutte en formation. Il agite frénétiquement sa queue comme si c’était le drapeau américain et que lui était le premier à poser une patte sur la lune.

J’ai peur.

Cela fait un an que je n’ai pas vu mes parents et dans cinq minutes ils vont sonner, désireux de me rendre visite en compagnie de tous leurs yeux.

Je dévisse un capuchon de l’étui à lentilles et j’aimante l’exemplaire gauche sous la pulpe de mon index. Serait-il possible de la faire tourner autour de mon doigt, comme une pâte à pizza, puis de la lancer en l'air pour essayer de la rattraper avec mon œil ?

La goutte d’eau s’écrase sur l’émail du lavabo et le chat sursaute et déguerpi.

Je m’empare du rasoir. Pour avoir une bonne raison de l’utiliser, j’ai d’abord dû rendre visite à un psychiatre. Il fallait bien en descendre par là. La loi le prescrit.

Le psy m’a proposé quelques questions :

« Mademoiselle, est-ce que par hasard vos parents désiraient un garçon ? Ou  n’êtes-vous pas tout simplement une homosexuelle ? »

Je lui ai dit :

« Monsieur le professeur docteur, seriez-vous capable de plier une feuille de papier encore et toujours en petits bouts de plus en plus petits jusqu’à la faire disparaître ? Voyez-vous, il arrive que l’on se ranime à l'aurore et qu’on se murmure ça suffit. Pourquoi n’y aurait-il pas à l’aurore du crépuscule de l’aube des sexes qui alterneraient dans la chair, comme le jour et la nuit ou encore les saisons ? »

En attendant le professeur docteur a signé l’attestation me permettant de commencer la testostérone.

Depuis, des choses ont passé. Une légère moustache, des muscles, et chaque mue de ma voix est un miracle.

Aujourd’hui j’entre dans un magasin en souriant vraiment, et un type m’apostrophe :

«  Hey, qu’est-ce t’as à sourire comme un débile ? Tu t’fous de ma gueule ou quoi ? »

Aujourd’hui, lorsque je sourie dans les yeux, les femmes croient que je veux les draguer, et les hommes prennent ça pour de la provocation. Ou alors ils pensent que je suis pédé, ce qui en soi ne me gêne pas, mais il semblerait que la majeure partie des hommes trouvent ça gênant.

Et puis comment un « vrai » homme est-il censé tenir debout ? Comment s’asseoir, pisser, danser ou encore porter 20 kilos de litière pour chat virilement ? Vaut-il mieux jeter le sac sur l’épaule et marcher l’air de rien? Hisser le paquet sous le coude ? Derrière la tête ? Devant le bide en l’entourant des deux bras ? D’un seul bras ? En le tenant à la main comme un attaché-case? Ou peut-être que les hommes ne sont tout simplement pas du genre à posséder un chat ?

Au loin j’entends la sonnerie. Bientôt je serai dans le faisceau lumineux du regard de mes parents. La lumière n’est ni juste ni injuste, elle éclaire, c’est tout. Comme j’aurais aimé leur épargner l’obligation d’apprendre en une seconde microscopique ce qu’il m’a fallu tant d’années pour comprendre. Tant d’années je me suis tu et terré. J’essayais de disparaître parmi les cils des autres, je parlais et je prononçais des voyelles mais mon mutisme était en plein milieu, fissure parmi les mots, avec mon silence en état d’alerte, silence tel du bruit retroussé à l’envers, silence formé par l'extraordinaire compression de millions de cris, silence prêt à exploser à chaque instant dans toutes les directions, comme si mes cordes vocales elles-mêmes étaient en train de hurler dans ma gorge.

Je tire une balle de mousse dans le creux de ma main. A l’aide d’un vrai pinceau à blaireau je saupoudre de neige le pommeau de mes joues. Je fraye une ligne à la naissance de mes angles, une courbe qui se relève en biseau. Un soupçon de peau sous la lame, du parfum en brume, une légère moustache qui me fait du bouche-à-bouche sur la lèvre supérieure, et voilà.

Aujourd’hui, je décide de m'entraîner à devenir heureux.

Dans la cuisine, mes parents boivent du café dans les tasses colorées achetées sur le marché aux puces. A l’instant où je leur souris, ils lèvent vers moi leur nouvelle perspective.

Aujourd’hui je le sais : ils vont continuer à m’aimer.

 

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Up-date 2 sur la fillette trans’ qui pourrait être internée en service psychiatrique à Berlin

13 mars 2012
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Le tribunal n'a pas encore rendu son jugement.

Le rassemblement de soutien initialement prévu pour hier a été repoussé au 26 mars. Il se tiendra à 15h devant le batiment du Ministère du Land de Berlin pour l'éducation, la jeunesse et les sciences, dans la Bernhard-Weiß-Strasse 6.

Des discours seront prononcés. Si vous avez envie de transmettre un message de soutien à Alexandra, ou de participer d'une manière ou d'une autre, vous pouvez envoyer votre texte à cette adresse: jayrome.newman@yahoo.de, et nous les lirons le 26 mars. Meme en francais, c'est très bien :-)  

A bientot !

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Up-date sur la fillette trans’ qui pourrait être internée en service psychiatrique à Berlin

19 février 2012
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Tout d'abord, un grand merci à tou_te_s pour vos messages et commentaires de soutien à Alexandra !

Voici un up-date de sa situation :

A l'heure où j'écris, la Cour d'appel de Berlin n'a pas encore rendu son verdict. Aujourd'hui à 17h30 une réunion est organisée dans les locaux de l'association TrIQ. Terre des Femmes a publié en solidarité le RV sur sa page Facebook. 

Dès que la décision de la Cour d'appel sera rendue, si le résultat est négatif une manifestation s'organisera en quelques heures par un système de chaine de textos. 

Grace à Marion Boeker, consultante en droits humains et question de genre qui est en contact avec l'avocate de la mère d'Alexandra, j'ai fait transmettre le lien de ce blog à la jeune fille. Elle a été super contente et vraiment touchée de savoir qu'autant de gens pensaient à elle et la soutenaient depuis la France !

 Si vous souhaitez exprimer votre solidarité directement à Alexandra, vous pouvez lui envoyer un email, une lettre ou un message vidéo en la chargeant sur Youtube dans la version anonyme et privée, c'est-à-dire visible uniquement par les personnes possédant le lien. Alexandra aimerait aussi recevoir des conseils de musique ou de clips qu'elle écouterait quand elle est découragée pour se redonner de la force. Des conseils ? Toutes vos idées sont les bienvenues !    

Pour vos emails, liens virtuels, message vidéos... : marion.boeker@gmx.de

Pour vos lettres :

Marion Boeker, A l'attention d'Alexandra, Schillingstr. 3, D-13403 Berlin

Et toujours la pétition ici.

Ensemble on est plus fort !

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Une fillette trans risque d’etre internée en hopital psychiatrique !

7 février 2012
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Une jeune fille trans de 11 ans risque d'etre internée de force dans le service psychiatrique de l'hopital de la Charité à Berlin pour y etre "éduquée en garcon".  

Les services de l'assisance sociale berlinoise, sur demande du père, ont décidé que la fillette devait etre enlevée de son ex-femme, qui en avait la garde, car elle lui mettrait  de mauvaises idées dans la tete en lui permettant de s'habiller en fille.  

Moi je me demande dans quelle mesure les parents n'influencent pas leurs enfants en les habillant avec des vetements "typiques" de leur genre de naissance. 

Sans aucune expertise, ni meme avoir discuté avec la fillette, un médecin en chef a rendu sa sentence. La jeune fille doit subir une thérapie en centre fermé. Je cite : on doit tout faire pour qu'elle apprécie son genre masculin. Il faut lui faire des propositions qui cadrent avec son role de garcon, comme le football ou les voitures. Il faut ignorer ses penchants féminins.

L'hopital de la Charité utilise des procédures de thérapie que certains experts considèrent comme de la "manipulation d'inversion". Dans son volume de "Médecine sexuelle", le sexologue Klaus Beier, qui officie à la Charité, écrit :

"Dans le cadre de cette thérapie, les comportements adéquats doivent etre récompensé, et les comportements atypiques pour le sexe considéré doivent etre ignorés, voire réprimés."

L'assistance sociale a malheureusement déjà réussi à faire entériner sa décision auprès du Tribunal de première instance. La mère a interjeté appel. L'affaire se trouve à présent devant la Cour d'appel de Berlin. 

Une pétition est en ligne pour demander au maire de Berlin, Klaus Wowereit, d'intervenir afin d'empecher l'enfermement de la jeune fille en hopital psychiatrique.

Le 12 mars une manifestation de soutien pour la fillette aura lieu à Berlin. Soit devant l'hopital de la Charité, soit devant la Cour d'appel, l'endroit n'est pas encore déterminé. 

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Voici quelques articles parus dans le quotidien allemand Taz, ainsi qu'un article en anglais paru sur le site britannique Pinknews.

1 - article en allemand

Dans cet article, à la journaliste qui lui demande: "Depuis quand sais-tu que tu es une fille?",  la fillette répond: 

- Et vous, depuis quand vous savez que vous etes une femme?

Lorsque les médecins la placent devant une étagère de jouets pour la tester, avec à gauche les princesses roses et à droite les petites voitures, en lui demandant avec quoi elle préfère jouer, la fillette répond trouver ca ridicule et préfère faire un puzzle. 

2 - Interview de Hertha Richter-Appelt, médecin à Hambourg. Dans son équipe spéciale, Mme Richter-Appelt dit avoir suivi 70 enfants dans leur parcours trans ces dernières années. Selon elle les équipes berlinoises sont plus conservatrices qu'à Hambourg.

Toujours selon elle, l'argument selon lequel la mère de la fillette l'aurait poussée à la transsexualité ne tient pas:  

"Cela fait 30 ans que j'accompagne des gens dans leur parcours trans. Les parents peuvent bien entendu destabiliser leurs enfants, mais on peut alors s'en rendre compte dans le cadre d'un suivi approfondi avec l'enfant. Cet argument est souvent utilisé par des personnes qui refusent de reconnaitre l'existence de la transsexualité (...)."

3. Interview de Eren Ünsal, déléguée de la commission contre les discriminations du Land de Berlin. Mme Ünsal conseille d'accompagner les enfants et les ados dans leur parcours trans, sans vouloir à tout prix leur faire "reprendre le droit chemin".

4. Article en anglais

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Sookee: Rappeuse queer allemande

4 février 2012
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Jeudi soir, la rappeuse queer féministe Sookee a présenté son nouvel album en live :  "Bitches Butches Dykes & Divas", dont la chanson éponyme a été écrite pour accompagner la Slut Walk berlinoise.

Dans cet album, Sookee appelle à la solidarité entre marginaliséEs, déclare sa flamme aux Fems, parle des mecs qui se disent féministes et pourtant n'ont pas de problèmes à monopoliser la parole en réunion, à lui demander si elle écrit elle-meme ses textes, à enlever leur T-shirt en soirée quand ils ont trop chaud et si elle se plaint, de lui dire que si elle veut vraiment elle peut faire la meme chose, d'ailleurs eux n'auraient rien contre... Sookee, dont le signe de reconnaissance est la couleur violette, veut empourprer le hiphop ("Purpleize hiphop"), c'est-à-dire le queerer.

Déjà dans son dernier album "Quing" (mot-valise formé par Queen et King) Sookee critiquait la scène hiphop mainstream, souvent machiste et homophobe, en retorquant à leur "No homo" un "Pro homo"! 

Clip Pro Homo:

 Sookee était accompagnée de la danseuse Diamond Diva Dragula, et en première partie elle avait invité entre autres l'excellente rappeuse BadKat, originaire de Floride et installée à Berlin.

 

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« Roméos » – Les fruits défendus

12 décembre 2011
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Interdit aux moins de 16 ans. Voilà ce qu'a décidé la Commission allemande de classification des œuvres cinématographiques pour le film Romeos, de Sabine Bernardi, qui vient de sortir sur les écrans. "Romeos", dont voici le résumé en francais et qui a gagné le Grand Prix Chéries-Chéris 2011, avait été l'un de mes chouchous lors de la Berlinale - malgré des trucs qui m'avaient chiffoné mais dont je ne parlerai pas ici car ce n'est pas le sujet.

 Bande-annonce sous-titrée en anglais.

La  FSK, organisme allemand de self-control de l'industrie cinématographique, a donc refusé le visa d'exploitation sollicité (interdiction seulement pour les moins de 12 ans), et ce pour les raisons suivantes:

 (La traduction est de moi. Les erreurs de vocabulaire concernant la transidentité, de la FSK)

"Le film raconte le coming-out du transsexuel Lukas et de sa transformation de femme à homme. Débutant son service civil à Cologne où il est logé dans l’internat de filles, et „traîné“ par sa meilleure amie, Ines, de fête en fête, Lukas doit surmonter différentes épreuves. A Cologne, à part son amie, la directrice de l’internat et son chef, personne n’est au courant de son coming out. Cela lui pose des problèmes dans son rapport avec les autres adolescents et il doit faire face à de nombreuses situations génantes qui le dépassent. Lukas tombe amoureux de Fabio, qui est tout l’inverse de lui. Fabio ressent les mêmes sentiments. Jusqu’à qu'il apprenne par  la  petite soeur de Lukas que ce dernier est en réalité une fille. Fabio se détourne alors de Lukas pour entamer une amourette avec une fille. Mais Lukas n’abandonne pas et se bat à sa manière pour l’amour de Fabio. Le film montre un jeune en souffrance qui, dans son processus de changement de sexe, doit lutter contre les moqueries et les préjugés de son entourage. Le film traite donc d’un sujet difficile qui pourrait être très lourd pour les plus jeunes du groupe d’âge sollicité, jeunes qui à cet âge se trouvent en pleine phase d’orientation sexuelle. Non seulement le sujet en soi est difficile pour les 12-13 ans, mais la vision complétement univoque de l’homosexualité dans le film pourrait les désorienter dans leur processus de découverte d’eux-mêmes. De plus, la présentation explicite d’adolescents gays et lesbiennes, et leurs fréquents changements de partenaires, pourraient dérouter de jeunes spectateurs, même si le film, sur le plan des images, ne porte pas atteinte à la pudeur et qu'il ne contient aucune diffamation. Le film reflète une réalité déformée que les enfants ne seront pas en mesure de discerner, en raison de leur expérience trop limitée, voire inexistante. Le film ne peut pas être jugé problématique pour les groupes plus âgés car il ne fait pas usage d’un langage obscène et il ne discrimine pas les homosexuels. Pour les spectateurs plus âgés, l’histoire du film peut être remise en contexte et est supportable."

J'aimerais revenir sur la phrase:

Le film ne peut pas être jugé problématique pour les groupes plus âgés car il ne fait pas usage d’un langage obscène et il ne discrimine pas les homosexuels.

Observons un peu mieux. Puisque le film a été interdit aux moins de 16 ans, en réalité cette phrase équivaut à :

Le film peut être jugé problématique pour les groupes plus jeunes (les moins de 16 ans) car il ne fait pas usage d’un langage obscène et il ne discrimine pas les homosexuels.

Ce qui à son tour équivaut à :

Le film ne peut pas être jugé problématique pour les groupes plus jeunes car il fait usage d’un langage obscène et il discrimine les homosexuels.

Ou encore :

Le film peut être jugé approprié pour les groupes plus jeunes car il fait usage d’un langage obscène et il discrimine les homosexuels.

En d'autres termes, pour etre jugé approprié pour les moins de 16 ans, un film DOIT discriminer les homosexuels. Afin, évidemment, de ne surtout pas donner aux plus jeunes l'envie de devenir homo.

Il ne faut pas etre très sûr de son ordre social pour craindre que la vision d'un seul film traitant positivement de l'homosexualité puisse renverser la propagande des 1 100 200 autres films et contes de fée et livres et modèles sociaux présentant positivement l'hétérosexualité.

Ca me rappelle cette personne qui préconisait d'interdire aux femmes de toucher concombres, bananes, carottes et autres fruits et légumes allongés, car il craignait que cela éveille chez elles des fantasmes d'ordre sexuel.  A mon avis, on devrait aussi les interdire aux hommes, pour les empecher de devenir homos. 

L'association allemande TrIQ (TransInterQueer) a écrit une lettre ouverte à la FSK en leur reprochant l'homophobie et la transphobie de leur décision. 

 

 

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